La-Dentelliere-Vermeer

L’art dans la formation, interview de Pauline PONS

Patricia Didier Ateliers du savoir, Portrait 0 Commentaire

Pauline PONS, vous avez une formation littéraire et d’Histoire de l’art, un parcours au sein d’institutions culturelles reconnues (Musée du Louvre,  Grand Palais…).   Vous questionnez la place de l’art dans la formation avec un public de non-initiés désireux de quitter leurs repères et d’aborder de nouvelles réflexions dans leurs champs de compétences, au travers de l’art et de l’analyse d’œuvres.

Vous animerez donc prochainement deux nouveautés au catalogue de Pyramyd L’œuvre d’art : une source d’inspiration et L’innovation à l’œuvre.
Pouvez-vous introduire ces projets pédagogiques proposant une passerelle entre le monde de l’art et celui du travail ?

Intervenir dans le cadre des formations de Pyramyd en proposant de passer du temps au musée, cela peut surprendre ! Pourtant chacun sait que, toute personne ayant un projet à mener, doit se ressourcer non seulement pour trouver de bonnes idées mais aussi pour se distinguer de ses concurrents. Le musée, pour moi, n’est pas un lieu où l’on entasse des œuvres qui vont prendre la poussière. C’est un laboratoire où toutes les associations d’idées, les échanges, les ressentis sont non seulement permis mais aussi encouragés. En somme, aller au musée, c’est s’offrir la possibilité de découvrir toutes nos ressources pour innover, sans tabous ni interdits. C’est ce rôle de « révélateur » que je prétends jouer en introduisant l’art dans les formations de Pyramyd.

Quel(s) rapports entre l’analyse de l’œuvre ou d’un courant artistique et le quotidien d’un graphiste, d’un chef de projet… ?

Aucun lien direct. Mais c’est ce qui compte à mes yeux ! Le chef de projet, comme le graphiste, se doit « d’aller voir ailleurs » pour être plus performant dans son propre domaine. Regarder Le bœuf écorché de Rembrandt (XVIIe siècle) peut être à certains égards plus enrichissant et surtout plus productif, qu’une réunion entre collaborateurs !
Tout simplement parce qu’en s’offrant ce temps suspendu au musée, on va « différer» nos attentes professionnelles, les oublier momentanément et entrer dans un monde qui va nous amener sur des territoires jusque-là inconnus…
Pensez à l’expression « La nuit porte conseil » et dîtes-vous qu’aller au musée, c’est un peu la même chose. Vous vous autorisez à lâcher-prise, à vivre des émotions que la vie quotidienne ne vous apporte pas, et comme miraculeusement, cette immersion en terra incognita va libérer quelque chose en vous qui vous permettra d’y voir plus clair dans tout ce que vous entreprendrez…

Je ne crois pas du tout, dans le domaine qui est le mien, à savoir l’art, aux formations « caisse à outils ». Arriver à mes formations avec une attente précise risquerait même de mettre en échec cette aventure artistique que je propose…

Dans un monde à la fois très matérialiste et de plus en plus digital, comment utiliser l’art pour s’ouvrir à de nouvelles techniques de réflexions, de nouvelles approches de travail ?

Précisément en allant au contact des œuvres elles-mêmes ! A fortiori lorsque celles-ci mettent en scène la place du virtuel dans nos sociétés… Les artistes contemporains sont, comme étaient leurs aînés, de véritables récepteurs sur pattes ! Toutes les questions que nous nous posons, mais aussi tout ce que nous ne pouvons ou ne voulons pas voir, l’artiste d’aujourd’hui s’en empare. Si l’on joue le jeu d’entrer dans son monde, nous allons être surpris de… nous voir ! Cette confrontation avec nos propres fonctionnements ouvre un champ infini à la réflexion et à l’élaboration de nouvelles postures. La question du travail, dans un contexte de mondialisation, est, de surcroît, au cœur d’un grand nombre de réalisations artistiques contemporaines.

Comment faire rimer performance, art et formation pour un ré-enchantement de notre vision du travail ?

Là vous touchez précisément à ce qui me motive le plus lorsque je propose mes formations ! Je pense que la performance peut trouver sa source dans la connaissance de soi et de l’autre. Les formations que je propose ont cette caractéristique de favoriser une communication d’un certain type entre les participants. A l’inverse de la communication publicitaire, qui se doit d’afficher clairement une intention, celle que suscite l’art, parce que plus complexe, consiste à mettre en commun des points de vue qui peuvent être différents les uns des autres. Conséquence immédiate : voir le monde non pas seulement à partir de soi-même mais aussi à partir des autres.
Et puisque vous parlez de ré-enchantement, je soulèverai une autre fonction de l’art très importante : celle de nous relier à la part enfantine de notre être. Celle qui s’émerveille de tout. Et surtout celle qui ne se prend pas au sérieux.
C’est à cette part-là que je m’adresse lors de mes formations !

Deux stages, pour deux musées mythiques Le Louvre et Beaubourg, quel stage privilégier pour quel objectif ?

Le Louvre répond à lui tout seul à la question « D’où venons-nous ? ». Étant donné le monde en pleine mutation qui est le nôtre et les grands bouleversements que nous connaissons, je le vois comme le réceptacle des tempêtes passées et des merveilles qu’elles ont engendrées. Aller au Louvre, c’est remonter à l’origine du souffle de l’inspiration. C’est se réconcilier avec notre histoire donc avec nous-mêmes.

Choisir Beaubourg, c’est identifier de manière détournée et féconde les turpitudes de notre époque et réussir à se les approprier par le jeu auquel nous soumet l’œuvre d’art.
Innover, cela n’est pas créer. On innove toujours à partir de quelque chose. On cherchera ensemble les leviers qui sous-tendent l’innovation dans les œuvres de nos contemporains.

Quelle œuvre d’art pourriez-vous choisir pour illustrer la problématique de l’art dans chacune des formations que vous animez ?

Au Louvre, je choisirais bien Le Bœuf écorché précisément…

L'art dans la formation est abordé avec la peinture de Rembrandt Le Bœuf écorché, 1655

Le Bœuf écorché, Rembrandt, 1655

…à condition de regarder La Dentellière qui n’est pas loin de Vermeer !

La Dentellière, peinture de Vermeer illustre la problématique de l'art en formation.

La Dentellière, Vermeer, vers 1669-1670, Musée du Louvre

A Beaubourg, une installation de Chen Zen, un artiste chinois que j’aime particulièrement car il accordait à l’art une fonction thérapeutique.

Round table, de Zhen CHEN, un exemple d'oeuvre d'art contemporaine étudiée en formation. Art dans la formation

Round Table, Zhen CHEN, 1995

Ci-dessus, l’œuvre Round Table de Zhen CHEN, conçue pour l’exposition « Dialogue de Paix », à l’occasion du 50e anniversaire des Nations Unies.

Elle représente un ensemble de vingt-neuf chaises originaires des cinq continents ainsi que de différentes classes sociales, encastrées sur le pourtour d’une table circulaire et suspendues au-dessus du sol. Un disque portant la transcription d’un texte en chinois occupe le centre de la table.

 Venez vite vous ré-enchanter et vivre une expérience de formation originale avec Pauline PONS.

Découvrez nos learning expeditions à Beaubourg et au Louvre :

L’innovation à l’œuvre

L’œuvre d’art une source d’inspiration

 

Photo de la formatrice Pauline Pons

Pauline PONS

Après avoir longtemps travaillé au sein d’institutions culturelles de renom (musées du Louvre, du  Grand Palais), Pauline PONS est enseignante en histoire de l’art et anime des formations autour de la thématique de l’art et du management.

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À propos de l'auteur

Patricia Didier

Collaboratrice chez Pyramyd, chargée de la coordination des formations et de l'animation du blog.