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Qu’est-ce-que le CMJN ? Comprendre la quadri grâce au K de CMYK

Jean loup Fusz Savoirs 0 Commentaire

CMJN, tout le monde connaît, surtout toi, lecteur de Bloc Notes. T’es pas là par hasard. Alors dis-moi Josiane, que veut dire CMYK ? C pour Cyan, M pour Magenta, Y pour Yellow, jusque-là ok. Mais K ? Pour Black ? Pourquoi pas CMYB alors ? Je veux bien admettre que les Rosbeef sont parfois bizarres, mais désolé, K ne veut pas dire Black. Petit retour sur l’impression couleur et la quadrichromie…

1. Gutenberg et la couleur

Comme tu dois sans doute le savoir, le début de l’imprimerie ne fricotait pas encore avec l’impression couleur, du moins pas comme celle qu’on imagine aujourd’hui. Les planches étaient imprimées avec une encre, dont la composition différait selon les chapelles. Si on avait besoin de plus de couleurs, on faisait appel à des enlumineurs pour les lettrines par exemple. Cela n’empêchait pas d’imprimer le texte dans une couleur différente (rouge principalement) : soit on repiquait une planche, soit on l’imprimait en entier dans la couleur voulue.

Détail d'une lettrine rubriquée à la main dans la B42 de Gutenberg

Détail d’une lettrine rubriquée à la main dans la B42 de Gutenberg

Il en était de même pour les images, qu’on appelait plutôt gravures à l’époque. On ne pouvait les imprimer (entends par là les reproduire) que dans une seule couleur.

Exemple de gravure monochrome

Exemple de gravure monochrome

2. L’invention de la trichromie

Vers 1714, un Franco-Allemand, Jean Cristophe Le Blon — aussi appelé Jacob Christoph Le Blon — invente un système permettant d’obtenir un grand nombre de couleurs en en mélangeant seulement trois : le bleu, le rouge et le jaune. On le considère comme l’inventeur de la trichromie. (Pour les passionnés de la couleur, je vous conseille la lecture de L’art d’imprimer des tableaux selon Le Blon imprimé chez Le Mercier en 1756).

En 1746, Jacques Gautier-Dagoty reprend le procédé de Le Blon et le développe au point d’en maîtriser la technique dans ses ouvrages. Il fait de l’impression couleur sa valeur ajoutée et édite plusieurs ouvrages de sciences naturelles, prétextes à l’impression de planches couleurs. Il pense à ajouter une quatrième couleur, le noir, pour forcer les contours.

1746…

Image tirée de Myologie complète en couleur et grandeur naturelle de Jacques Gautier-Dagoty

Image tirée de Myologie complète en couleur et grandeur naturelle de Jacques Gautier-Dagoty

Bleu, rouge et jaune en 1714…  Du noir en plus en 1746… On se sent petit là, non ? Évidemment, au fil des années — des siècles devrais-je dire — la technique s’est affinée et le bleu et le rouge sont remplacés par le cyan et le magenta, qui sont les secondaires de la synthèse additive (dont on parlera dans un prochain article). Mais le principe reste le même aujourd’hui et certains auteurs utilisent encore cette technique pour leurs ouvrages.

L'imagier des gens par Blexbolex, 2008. Imprimé en trichromie. On aime bien.

L’imagier des gens par Blexbolex, 2008. Imprimé en trichromie. On aime bien.

Mais on sait toujours pas ce que veut dire ce K !

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J’y viens ! On a donc utilisé de plus en plus la technique de la trichromie pour imprimer des livres, reproduire des tableaux ou créer des affiches publicitaires. La couleur devenait à ce point facile à reproduire que la presse s’est mise à éditer en couleur.

3. L’invention du procédé offset et de la quadrichromie

Et puis arrive l’offset. L’offset, ce procédé d’impression qui permet de tirer plus vite, plus grand, toujours plus. L’encre qu’on utilise en offset est mélangée à de l’eau avant de se déposer sur le papier. Il était déjà difficile d’obtenir un noir bien dense en trichromie, c’est encore plus difficile lorsque l’encre utilisée est diluée. D’où l’utilisation d’une quatrième plaque, le noir, qui viendra compenser la perte de densité. La quadrichromie (ou quadri) était née !

Le noir sert donc de soutien. Et en anglais, on ne dit pas soutien mais Key. D’où le K.

Voilà ! Tout ça pour ça.

 

Le noir, c’est la clé.

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À propos de l'auteur

Jean loup Fusz

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Jean loup Fusz est graphiste indépendant spécialisé dans la presse et l'édition. Il est également formateur chez Pyramyd sur les logiciels InDesign, Photoshop, DPS et Aquafadas.