Pauline_Thomas

Interview de Pauline Thomas, UX Designer et fondatrice du Laptop à Paris.

Jean loup Fusz Portrait, Savoirs 0 Commentaire

Comment l’UX design est-il arrivé à toi alors que tu es photographe et que tu as la fibre artistique ? As-tu réussi à tisser une passerelle entre pratique artistique et professionnelle ?
J’ai rarement eu l’occasion de parler de ces passerelles pourtant le lien est bien réel, les analogies sont nombreuses entre l’artiste et son public avec le designer et les utilisateurs, par exemple :

  • Se préoccuper des attentes des spectateurs / s’intéresser aux problèmes, freins et besoins des utilisateurs ;
  • S’interroger sur ce que ça peut apporter dans son rapport au monde /quels problèmes le service va-t-il résoudre ;
  • Se poser la question du format, du media / de la la déclinaison sur les différents points de contact (expo, publication, projection…) ;
  • Avoir un parti-pris, développer un point de vue / au-delà de l’ergonomie du service, concevoir des principes d’interaction nouveaux, un style, une identité qui apporte une expérience positive ;
  • Puis tout simplement se poser la question du pourquoi cette œuvre / qu’est-ce que ce service apportera dans la vie de l’autre ?

Depuis longtemps je pratique l’écriture, la musique, la photographie…, l’arrivée de ce qu’on appelait le multimedia m’a permis de faire la synthèse des arts, très inspirée par les artistes-designers du Bauhaus, je voulais donner du sens à ce que je produisais, mettre de côté l’ego de l’artiste et transformer mes idées en dispositifs que les gens pourraient utiliser pour améliorer leur vie au quotidien. Ma formation aux Gobelins, puis à l’ENSAD m’a permis de travailler sur le concept et son application dans le réel, le processus de création est assez similaire du processus de conception, ne serait-ce que l’approche de la la sérendipité plus ou moins systématique.

Aujourd’hui, j’utilise l’UX pour accompagner les entreprises à faire leur transformation digitale mais aussi pour développer mes projets artistiques. Je fais une expo en ce moment sur le processus créatif : effectivement, du post-it au prototypage rapide, la difficulté n’est pas de trouver des idées, mais de savoir celle qui est vraiment porteuse de sens pour les autres.

Exposition UX Design — Pauline Thomas

Exposition « Sentiers de la création » sur le processus créatif

Exposition UX Design — Pauline Thomas

Exposition « Sentiers de la création » sur le processus créatif

Exposition UX Design — Pauline Thomas

Exposition « Sentiers de la création » sur le processus créatif

Même si on entend de plus en plus parler de l’UX design, le terme peut paraître encore barbare. Comment définirais-tu ce mot ?
Effectivement, le terme UX design en français se traduit mot à mot par « Design de l’Experience (de l’)Utilisateur ». Le terme « Design » a toujours été mal compris en français, il suffit de lire Les 10 principes d’un bon design de Dieter Rams pour comprendre que le design est bien plus que l’esthétique d’un produit : innovant, utile, compréhensible, discret, honnête, durable…

Stéphane Vial, l’auteur du Court Traité du Design, me demandait il y a 5 ans, alors que l’UX faisait son apparition en France : pourquoi doit-on préciser dans le titre à la fois Experience et Utilisateur pour parler de cette nouvelle pratique du design, étant donné que l’essence même du travail du designer est d’offrir la meilleure expérience possible pour l’utilisateur !

Rajouter la particule UX à Design, c’est choisir de se distinguer par une démarche basée sur l’empathie

Il avait tellement raison ! Il est clair qu’en agence ou en entreprise la réalité des projets, des deadlines, des budgets, des enjeux hiérarchiques poussent les designers à répondre aux objectifs du client ou à privilégier sa propre performance individuelle dans un milieu plutôt concurrentiel.  Rajouter la particule UX à Design, c’est choisir de se distinguer par une démarche basée sur l’empathie en suivant un process complet pour intégrer les utilisateurs dans la démarche de conception du brief au test en passant par le prototypage. Ce process est très collaboratif, et ne peut se faire seul, ainsi le mythe du édirecteur artistique staré est aussi en train de péricliter… Un jour, on n’aura sûrement plus besoin de rattacher « UX » pour parler d’un bon designer ! Pour Tom Kelley cofondateur d’IDEO, « tout le monde est designer » car tout le monde est capable d’empathie, chacun est créatif, et a sa manière de résoudre les problèmes. On peut être chef de projet, directeur du marketing, chargé de communication… et être UX !

Qu’est-ce que le métier d’UX designer ? Quelles sont les attentes des clients qui font appel à toi ?
Mon métier est de concevoir de nouveaux services digitaux, de faciliter des « design sprint » pour faire émerger les concepts dans des temps très courts. Le grand apport de l’UX designer est de modéliser le service, du point de vue des utilisateurs et du client. Le Service Blueprint est le livrable clé qui permet de dérouler la stratégie du client pour délivrer une expérience optimale de bout en bout. Pour arriver à cela, il doit appréhender la problématique dans toutes ses dimensions afin de faire émerger des opportunités d’innovation.

UX Design

© Pauline Thomas

J’avais fait ce schéma pour les équipes d’Adobe pour expliquer que l’UX est bien plus complexe que dessiner des carrés gris et des flèches ! L’UX designer est un peu le chef d’orchestre, il mène la stratégie digitale d’un service sur tous les points de contact où s’expriment la marque, il essaime l’innovation et la collaboration dans toute la chaîne de création, afin de constituer le scénario idéal pour les nouveaux clients du service, et de créer de plus en plus d’engagement auprès des clients.

UX Design

Les clients attendent souvent à ce que je produise des wireframes, mais en réalité on ne devrait passer qu’un quart de temps à le faire ! Tout projet doit absolument intégrer une part de recherche utilisateur, un audit des besoins en interne, des ateliers de co-création, puis après le prototypage, des tests utilisateurs, des itérations…  enfin les maquettes graphiques et le code !

Tu enseignes l’UX design auprès d’étudiants et de professionnels issus d’agences digitales. Quelles sont les notions que tu abordes dans ces formations ? Est-ce très technique ? Y’a t’-il un esprit « UX designer » ?
Depuis 5 ans, j’enseigne les méthodes de conception issues du Service Design et Lean UX aux Gobelins, ESAG Penninghen et l’Université Paris Est. Aujourd’hui pour les professionnels et les agences, il s’agit de leur expliquer comment intégrer l’UX dans leur métier, l’importance de la collaboration avec leur équipe et de les aider à changer leur manière de travailler avec leurs client, finalement vendre ces nouvelles pratiques en interne. J’explique ainsi les méthodes du Service design, Design Thinking, Lean UX, Agile pour leur faire comprendre les bénéfices d’intégrer les utilisateurs dès le début du projet… Après une journée d’introduction, nous mettons en pratique toutes ces méthodes sous forme d’un Design Sprint avec un vrai client, pendant 3 jours de workshops courts et cadencés, on travaille ensemble à identifier rapidement le problème du client et par la méthode du Google Design Sprint « Understand, Define, Diverge, Decide, Prototype, Validate », on aboutit à un prototype qu’on teste auprès de la communauté de Laptop. Ayant travaillé dans des univers professionnels assez différents, en agence digitale, chez Orange, Adobe, Google dont je suis certifiée Sprint Master comme de nombreux autres UX design experts, nous partageons effectivement les mêmes traits : empathie, curiosité, écoute, créativité, simplicité, indépendance. En effet, les UX designers travaillent de plus en plus souvent en free-lance, car il est important d’être indépendant par rapport aux intérêts du client pour bien adresser les besoins des utilisateurs finaux.

Les UX designers sont de plus en plus souvent freelances, car il est important d’être indépendant par rapport aux intérêts du client pour bien adresser les besoins des utilisateurs finaux.

Peux-tu nous présenter un de tes projets ?
Avec des membres de Laptop, nous avions travaillé sur l’exploration des opportunités d’innovation de la RMN-GP pendant un mois selon les 4 phases de la méthodologie du double diamant : Discover, Define, Design, Deliver. J’avais invité Live|Work qui est le premier studio de Design de Service basé à Londres, qui m‘avait initiée en 2010. Ensemble nous avons réalisé une trentaine d’interviews, analyser l’écosystème des usages, ainsi que les problématiques économiques, techniques et politiques du client, pour comprendre comment nous pouvions proposer un service adapté aux différentes cibles (profs, étudiants, touristes, graphistes, iconographes…), nous avons animé des ateliers de co-création avec les directeurs des entités et les designers de l’équipe, à partir des problématiques que nous avions identifiées, puis nous avons commencé à faire un prototype rapide afin de tester nos idées auprès des utilisateurs, enfin nous avons décidé ce que serait la première version de ce service ou le MVP (Minimum Viable Product) : une page d’accueil exploratoire. Aujourd’hui Af83 a développé cette première brique, reste à construire tout le reste :-).

J’aide la RMN-GP à développer ce service notamment pendant les formations UX où nous travaillons sur une problématique en particulier, ça peut-être par exemple : l’art au quotidien, s’approprier l’art, s’amuser avec l’art…

Découvrez le travail de Pauline Thomas sur son site : cargocollective.com/paulinealapage

Découvrez également le Laptop, espace de coworking à Paris : www.lelaptop.com

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À propos de l'auteur

Jean loup Fusz

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Jean loup Fusz est graphiste indépendant spécialisé dans la presse et l'édition. Il est également formateur chez Pyramyd sur les logiciels InDesign, Photoshop, DPS et Aquafadas.