Point(s) de vue sur la formation professionnelle 2.0 avec Fabienne Lochardet et Tatiana Marot

Patricia Didier Actu 0 Commentaire

La formation professionnelle a récemment connu  de profondes mutations, les formats pédagogiques se renouvellent sans cesse. Analyse et vision de deux expertes du marché :  Fabienne Lochardet (Directrice pédagogique Abilways et Consultante pédagogique LÜM) et Tatiana Marot (Responsable des Départements Management et Efficacité Professionnelle chez EFE et Responsable Abilways Academy).

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Le monde de la formation professionnelle a changé, quelle est votre vision du marché en France ?
FL : Partons d’un chiffre, celui du chiffre d’affaires réalisé par les prestataires de formation en France : 13.6 milliards d’euros, c’est le dernier montant connu (Source : projet de loi de finance 2016). Les organismes de formation bien installés sont obligés, aujourd’hui, de partager ce chiffre avec des acteurs « tout neuf »,  qui intensifient la concurrence. Mais qui sont-ils ? D’un côté, des nouveaux entrants au profil numérique, avec des offres parfois freemium et des méthodologie innovantes : MOOCs, webinars, vidéos… De l’autre côté, des écoles de formation créées directement par les entreprises qui souhaitent laisser une trace sur le marché. A chaque nouveau né, un nouveau nom : Université, Campus, Academy… un nouveau marché autosuffisant ou presque !
Cette nouvelle donne bouscule le marché pour ne pas dire le fragilise. Difficile aussi pour les formateurs indépendants de se faire une place ou pour les autres de la garder. Le législateur semble donner une direction à suivre (à défaut de solution) : dispenser des formations de qualité. Pour cela, les organismes de formation doivent se faire référencer par les OPCA à partir de 21 indicateurs Qualité fraîchement définis et téléchargeables. Cette approche par la qualité donnera-t-elle un nouvel équilibre au marché de la formation ou bousculera-t-elle, une nouvelle fois, le partage des 13.6 milliards d’euros ?

capture-decran-2016-11-17-a-16-59-51Qu’attendent les prescripteurs de formations aujourd’hui selon votre expérience ? Et les apprenants ?
TM : En tout premier lieu, l’attente est opérationnelle. Se former est un investissement. Qu’il s’agisse de temps, de moyens financiers ou de ressources extérieures, l’entreprise investit sur ce temps de formation et attend un résultat. C’est cette même idée qui nous anime et qui nous amène à concevoir des formations très ancrées dans le quotidien de nos stagiaires, en phase avec leurs demandes et leurs attentes. Les prescripteurs veulent tout à la fois satisfaire leurs collaborateurs mais ont aussi en vue la stratégie globale de leur entreprise. La formation est un levier stratégique pour toute entreprise et les besoins des salariés et de la direction doivent se rejoindre. Ce peut être de différentes façons : maîtrise d’un nouveau logiciel, meilleure gestion du stress et de la pression, techniques managériales éprouvées ou encore mise en place d’une stratégie marketing efficace … tout se réunit pour plus d’efficacité au quotidien.
Les apprenants ont cette même attente de montée en compétences, quelle qu’elle soit. Finalement, nous sommes là pour faire « grandir », pour accompagner tous ces salariés qui nous font confiance pour les former à ce qu’il y a de mieux et avec les meilleurs.

L’évolution de la pédagogie est d’autant plus importante que les technologies interviennent de plus en plus dans les divers apprentissages… Quels sont les nouveaux formats de pédagogie ?
La formation présentielle de deux jours, star des années ’90, n’est plus seule. Elle s’enrichit aujourd’hui avec la formation en mode ATAWADAC  (AnyTime, Anywhere, AnyDevice, AnyContent). Cette dernière, poussée par les nouvelles générations et les nouvelles technologies, sort l’apprentissage de la salle de formation. Elearning, MOOC, Webconf, vidéos, tutos, veille, réseaux sociaux, Tchat, apprentissage entre pairs….  sont autant d’occasions de se former que de nouveaux formats à découvrir. D’une formation présentielle, les entreprises sont passées à une formation multimodale et elles passeront demain à une formation « crossmodale ». On se forme tous les jours tout en travaillant ou en marge de son travail. L’apprentissage s’organise de façon permanente. Il transforme la formation d’hier en en un véritable DISPOSITIF de formation s’articulant enfin autour des 3 temps de la pédagogie : avant-pendant-après.

Comment conçoit-on de nouveaux programmes dans ce contexte d’accélération et de mutation profonde ?
FL : Plus vite, plus court, plus précis : 3 objectifs à respecter pour s’adapter à ce nouveau contexte.
Plus vite, pour répondre à des demandes qui évoluent tout le temps, qui nécessitent une adaptation permanente voire qui impliquent une réponse formation immédiate. Un libre accès à la formation grâce à des contenus digitalisés (PDF, vidéos…).
Plus court, pour répondre à la contrainte temps et pouvoir rythmer sa journée de travail avec des temps d’apprentissage.
Plus précis, pour répondre à un besoin personnel. Une des clés est la granularisation des programmes de formation. Le client consomme uniquement ce dont il a besoin.

Trop de formats ne perdent-ils pas l’apprenant ?
TM : Je comprends l’inquiétude derrière cette question et l’idée commune que le « trop » est souvent perturbateur. Encore faudrait-il qu’il y en ait trop.
Je dirais plutôt que nous proposons chez Abilways une palette de formats et les peintres vous le diront, une palette permet de rendre compte de la pluralité des couleurs, des teintes, des nuances. C’est la même idée au sein de notre offre. Les différentes formations qui ont été élaborées, qu’il s’agisse des demi-journées, des 4 fois ½ journée, des classes virtuelles ou des présentielles « habituelles », répondent toutes à des besoins différents et s’adressent à des publics différents. Le participant qui a professionnellement un besoin quotidien de maîtriser WordPress ne viendra pas sur une demi-journée.  Par contre, celui qui doit intervenir ponctuellement sur des blogs hébergés sur WordPress au sein de son entreprise, a peut-être juste besoin de se faire une idée générale du fonctionnement et des fonctionnalités les plus simples. Les différents formats nous permettent finalement de nous adresser à la palette de besoins de tous nos participants. On ne les perdra pas si on sait leur expliquer et s’adapter à leurs demandes.

Par conséquent, les connaissances transmises sont-elles suffisamment complètes ?
TM : Il faut cibler les objectifs selon les formats choisis. Nous ne pouvons pas transmettre autant de choses en un jour qu’en trois, bien évidemment. A charge aux concepteurs ou aux formateurs de construire le programme de la formation en ayant des objectifs raisonnables.

Avez-vous un modèle de formation idéale ?
FL : Le formation idéale est celle qui tombe à point nommé. Peu importe le format, la durée… à partir du moment où la réponse formation satisfait le besoin clairement identifié et poursuit un objectif : être opérationnel.

TM : Plus encore, la formation idéale est celle qui permet à l’apprenant de faire un lien immédiat entre ce que l’intervenant lui présente et son quotidien professionnel. C’est une formation active, où l’apprenant est engagé. C’est lui le véritable acteur de sa formation et de ses apprentissages !

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À propos de l'auteur

Patricia Didier

Collaboratrice chez Pyramyd, chargée de la coordination des formations et de l'animation du blog.